"Le Havre" à deux : verdict.

Publié le par ludolia

 

Le havre


Le Havre, un jeu de gestion-placement exigeant que de nombreux joueurs plébiscitent. Les tests publiés de ce jeu sont nombreux mais qu'en est-il à deux joueurs ?


J'aime beaucoup Le Havre. Son mécanisme, sa ressemblance à Agricola, son aspect comptable et l'inégalité en valeur et en puissance de ses bâtiments donnent un relief particulier à chaque partie. C'est un jeu qui se prête naturellement à des parties à 3 ou 4 joueurs. Parfois, il arrive d'être seulement deux pour jouer et ce n'est pas le jeu auquel on pense pour cette configuration.

C'est l'exercice auquel je me suis livré à plusieurs reprises. Le jeu est-il pleinement exploité ? Pour y répondre, je me limiterai à exprimer les impressions ressenties au cours d'une partie en mettant à l'écart les descriptions de mécanismes.


L'installation du jeu : l'effort d'adaptation de l'auteur à cette configuration.


Bonne surprise : le matériel de jeu est vraiment conçu pour des parties à deux. Cela paraît normal sachant que l'auteur cohérent dans son travail a prévu depuis Agricola de  pouvoir jouer même en solitaire. Les bâteaux, les bâtiments standards, les bâtiments spéciaux, le nombre de tours de jeu sont tous marqués en fonction du nombre de joueurs. 

C'est à la fois agréable et rassurant car on sait que le jeu a été testé et validé pour.

 

Le début de la partie : un impression de choix encore présente mais moindre.

 

Lors des premiers tours de jeu, j'ai vite vu que l'absence de bâtiments que l'on trouve à 3 à 4 joueurs restreignait les possibilités offertes. La plus marquante fut pour moi l'absence du tribunal local : la tactique de financement des besoins alimentaires par l'emprunt - à éviter dans la vie réelle ;o) mais puissante dans le jeu - devient impossible à mettre en oeuvre. D'autres bâtiments importants manquent ainsi et peuvent dérouter voire frustrer les habitués de partie à 4 ou 5.


Le cours de la partie : convivial et rythmé.


A deux, les tours de jeu deviennent évidemment beaucoup plus courts et font disparaître les temps d'attente particulièrement longs dans ce jeu. Cela évite la déconcentration, les modifications intempestives de choix d'action pour une application plus juste de la stratégie choisie au départ. Par ailleurs, il devient plus facile d'appliquer ses choix car le nombre de bâtiments occupés se limite de fait à deux.


L'autre bonne surprise est la convivialité accrue. A deux, le jeu devient moins silencieux. On commente, on échange, on rit de la mauvaise fortune de l'autre ou on se moque franchement de son manque de vigilance. Si d'habitude, j'apprécie le silence, une partie à deux de Le Havre apporte une ambiance de discussion détendue sans pour autant se détourner du jeu.


La tension apportée par l'obligation d'alimenter ses personnages est encore accentuée à deux. Certains le déplorent, jugeant que la partie à deux devient plus une course à la nourriture que l'accumulation de valeur voulue par la règle du jeu. Je ne suis pas de cet avis. La course à la nourriture est une simple conséquence d'un manque de bâtiments et de bâteaux. A chaque partie dans cette configuration, j'ai pu répondre aux besoins alimentaires sans recours à l'emprunt ni sensation de freiner mon développement. Il faut simplement savoir anticiper l'augmentation du barême d'alimentation.

 

La fin de partie : le moment où les scores s'équlibrent.

 

A deux, les parties sont rarement serrées sur le cours du jeu. Un joueur arrive généralement à mener largement. Là où le jeu prend sa valeur est sa capacité à permettre au perdant potentiel de remonter au score pour la magie du suspense. En fin de bâtiment, chaque joueur a pu construire des bâtiments puissants. A cela s'ajoute l'obligation de transformer l'acier pour le commerce maritime ou la construction de bateaux puissants. C'est là que les scores s'équilibrent : la puissance de l'acier et des batiments est telle que les francs acquis en grand nombre en fin de partie que l'avance prise au début du jeu devient négligeable. Par ailleurs, la transformation de l'acier étant complexe et couteuse, la moindre erreur d'anticipation sur le nombre de points d'énergie ou d'étapes nécessaires à son obtention peut coûter la victoire au meneur initial. Ceci est d'autant plus vrai à deux car ce que vous n'aurez pas su faire, l'autre le fera.

 

La faiblesse du jeu à deux : les bâtiments sandards.


La première partie à deux est particulièrement plaisante. On a ainsi l'impression de mieux pouvoir appliquer sa stratégie, le jeu est plus rythmé et le suspense présent. En revanche, dès le début de la deuxième partie, on voit l'importante faiblesse de cette configuration : les parties se ressemblent beaucoup. Ce manque de profondeur provient des bâtiments standards. Le fait qu'ils restent les mêmes devient très gênant à deux là où le problème ne se pose pas à plus de joueurs . La bonne stratégie  guidant le choix des bâtiments et de la filière à adopter apparaît trop vite - je ne la dévoile pas, vous la trouverez aisément - et si vous l'avez expérimentée dès la première partie, vous ressentirez cette impression désagréable de devoir la refaire à nouveau pour gagner.


En conclusion : à deux oui mais avec quelques adaptations.


Le havre à deux permet une bonne confrontation de stratégies dans une ambiance conviviale. Toutefois, le jeu dans le respect de la règle devient répétitif en dépit de la variété apportée par les bâtiements spéciaux. C'est pourquoi, nous jouons avec une variante : nous disposons 4 tas de bâtiments standards dans lesquels se trouvent des bâtiments réservés normalement à un nombre de joueurs plus important. Ces bâtiments sont choisis au préalable. Cela suppose évidemment de bien connaître le jeu. Les parties deviennent ainsi plus riches et tournent correctement malgré nos craintes. Nous avions peur, en effet, d'être bloqués par le blocage éventuel de la briquetterie, bâtiment indispensable pour les constructions avancées. Il n'en fut rien. Et c'est tant mieux, un tel jeu mérite d'y jouer quelque soit le nombre de joueurs présents autour de la table.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 




 

 

Publié dans Les éditos

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